La neuroscience cognitive à la rencontre de la philosophie de l'esprit
Les états d'esprit neutres sont systématiquement sous-représentés tant dans les théories philosophiques contemporaines que dans les neurosciences cognitives. Cela est surprenant, car il arrive souvent que les individus fassent preuve de réserve dans leur jugement, par exemple parce qu’ils manquent d’informations, parce qu’ils veulent faire preuve de prudence ou parce qu’ils considèrent que certaines questions sont indécidables. La négligence actuelle de ces différentes attitudes neutres est due à la volonté de réduire la complexité des modèles décisionnels, ce qui, dans les approches expérimentales, conduit souvent à interpréter les décisions neutres comme des erreurs ou à les supprimer activement par des procédures de « choix forcé ». Ce projet vise à rétablir cette complexité perdue et à parvenir à une compréhension plus naturaliste de la prise de décision, dans laquelle il est possible d’être résolument indécis. Nous commençons par esquisser philosophiquement les différents types de neutralité cognitive, les traduisons en paramètres évaluables empiriquement et développons, sur cette base, de nouvelles méthodes pour l’étude empirique des différentes formes de neutralité. Nous nous concentrons ici sur deux contextes centraux de la prise de décision humaine : la perception et la coopération. Les résultats théoriques et empiriques visent à susciter une révision des théories neurocognitives et philosophiques reconnues.