Les monastères au Haut Moyen Âge
Les monastères au Haut Moyen Âge
Durée : de 2010 à 2024
Le projet « Les monastères au Haut Moyen Âge. Laboratoires d’innovation pour des modes de vie et des modèles d’ordre européens » a analysé les monastères médiévaux en tant que précurseurs de la modernité. Entre le XIe et le XIIIe siècle, les monastères ont développé des modes de vie innovants et ont servi de relais entre l'isolement et les dynamiques sociales.
Deux centres de recherche en réseau, l'Académie des sciences de Heidelberg et l'Académie des sciences de Saxe à Leipzig, ont porté ce projet. À Heidelberg, des recherches ont porté sur des textes des XIIe et XIIIe siècles qui réorganisaient les contenus théologiques et narratifs et créaient des concepts visionnaires d’un « monde meilleur ».
Objectifs :
(a) Nouvelles éditions de sources essentielles sur le monde religieux du Moyen Âge (avec des traductions en allemand des œuvres latines).
(b) Analyse du contenu des textes sous l’angle des sciences culturelles et à la lumière de nouvelles approches méthodologiques.
Responsables du projet au centre de recherche de Heidelberg : Prof. Dr Bernd Schneidmüller et Prof. Dr Stefan Weinfurter (décédé en 2018)
Projets
Partie A :
Au XIIe siècle, dans son ouvrage « Sur l’édifice de Dieu » (Opusculum de aedificio Dei), Gerhoch von Reichersberg a présenté une vision dans laquelle tous les clercs vivraient selon une règle, à l’image des apôtres. Il étayait ses revendications radicales par des citations tirées d’autorités canoniques et patristiques. Il puisait ces connaissances dans les recueils de droit de son époque. La nouvelle édition de l’ouvrage propose une présentation moderne et commentée, accompagnée d’une traduction en allemand et d’une analyse critique des autorités citées.
Julia Becker (éd.), Gerhoch von Reichersberg, Opusculum de aedificio Dei. Les apôtres comme idéal (édition, traduction, commentaire), KAI 8, 2020, 936 pages.
Plus d’informations sur : https://digi.hadw-bw.de/view/kai8
Le Scutum canonicorum (« Bouclier des chanoines »), rédigé au milieu du XIIe siècle par Arno, frère de Gerhoch et doyen à Reichersberg, transmet des lignes directrices identitaires pour le mode de vie canonique régulier. Cette source fondamentale paraît aujourd’hui pour la première fois dans une édition critique commentée, accompagnée d’une traduction en allemand.
Julia Becker (éd.), Arno von Reichersberg, Scutum canonicorum (édition, traduction, commentaire), KAI 11, 2022, 256 pages. Plus d’informations sur : https://digi.hadw-bw.de/view/kai11
Partie A.1 du projet
(Johannes Büge ; jusqu’en mai 2023, Dr Julia Becker)
Johannes Büge a travaillé à l’édition, à la traduction et au commentaire de l’Anticimenon (« Réponse ») d’Anselme de Havelberg. Dans cet ouvrage rédigé vers 1149/50, Anselme aborde la question de l’unité de la foi et encourage le dialogue entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident. L'objectif est de proposer une nouvelle édition moderne de cet ouvrage de théologie historique, replacé dans le contexte de l'œuvre complète d'Anselme et de la phase d'institutionnalisation de l'ordre des Prémontrés. L'édition de l'Anticimenon a été publiée en juin 2026. Plus d'informations sur : https://books.ub.uni-heidelberg.de/heibooks/catalog/book/1752
Les écrits d’Anselme traitent en outre du mode de vie des chanoines réguliers et de leur place dans la société au XIIe siècle, complétant ainsi les nouvelles éditions déjà parues dans le cadre de la partie A.1 du projet.
Partie A.2 du projet
(Jonas Narchi, M.A., M.A.)
M. Jonas Narchi, M.A., M.A., a réalisé une édition critique, une traduction et un commentaire de l’Epistola apologetica d’Anselme de Havelberg (1138-1146). Dans cette lettre de défense, Anselme justifie la condition des chanoines réguliers face aux critiques des moines. L'occasion en fut un incident survenu dans le diocèse d'Halberstadt, au cours duquel Petrus, prévôt du chapitre de Hamersleben, entra au monastère bénédictin de Huysburg, ce qui entraîna un conflit entre les chanoines et les bénédictins. Dans cette lettre, Anselme défend avec véhémence le mode de vie des chanoines réguliers et le charisme spécifique de l’ordo canonicus. L'édition de cette lettre contribue à reconstituer la conception que les différents courants de vie religieuse et sociale avaient d’eux-mêmes au XIIe siècle et s’inscrit parfaitement dans les travaux de la partie A.1 du projet.
Jonas Narchi (éd.), Anselme de Havelberg, Epistola apologetica. Édition, traduction, commentaire, KAI 13), 2024, 264 pages.
Informations sur : www.schnell-und-steiner.de
Partie B :
À la recherche de la communauté idéale, le dominicain Thomas de Cantimpré s’est inspiré des abeilles au XIIIe siècle. Dans son « Livre des abeilles » (Bonum universale de apibus), il a décrit les hiérarchies et les dynamiques sociales à partir de l’exemple des abeilles, en enrichissant son propos d’anecdotes tirées de la vie médiévale. Son manuel venait en soutien au travail des dominicains en tant que prédicateurs et enseignants et suscitait déjà un vif intérêt au Moyen Âge, comme en témoignent plus d’une centaine de copies manuscrites. Pour la première fois, le « Livre des abeilles » paraît dans une édition critique commentée, accompagnée d’une traduction en allemand et d’une analyse.
Julia Burkhardt, Apprendre des abeilles. Le *Bonum universale de apibus* de Thomas de Cantimpré comme projet de communauté (analyse, édition, traduction, commentaire), KAI 7, 2020, 1 616 pages.
Informations sur : https://digi.hadw-bw.de/view/kai7
Partie du projet B.1
(Responsable du projet : Isabel Kimpel, M.A. / Direction scientifique : Prof. Dr Julia Burkhardt)
Le cistercien Césaire d’Heisterbach (vers 1180–1240) est surtout connu comme l’auteur du *Dialogus miraculorum*. Un autre recueil d’exemples, les « Huit livres des miracles » (Libri VIII miraculorum, vers 1225/27), a suscité moins d’intérêt. Ces *Libri VIII miraculorum* constituent pourtant une source remarquable pour l’histoire politique, culturelle et religieuse du XIIIe siècle et servent à l’édification et à l’instruction théologiques. La nouvelle édition des « Huit livres de miracles » propose une version commentée du texte latin, une traduction allemande inédite ainsi qu’une analyse de l’œuvre et de sa transmission manuscrite. Elle a été publiée en 2025 aux éditions Heidelberg University Publishing. Plus d’informations sur : https://heiup.uni-heidelberg.de/catalog/book/1547
Partie B.2 du projet
(Dr Volker Hartmann, achevé en 2019)
Le travail de projet est centré sur l'ouvrage « De regimine principum » d'Aegidius Romanus (vers 1243-1316). Cet ouvrage a été rédigé peu après la condamnation de l’aristotélisme à l’université de Paris en 1277. Malgré son destinataire (Philippe IV) et bien qu’il soit connu comme un manuel à l’intention des princes, il a été diffusé et traduit dans toute l’Europe, y compris en dehors des cours royales. Avec plusieurs centaines de manuscrits, il compte parmi les ouvrages les plus diffusés de la fin du Moyen Âge.
Le succès de ce texte, qui s’est prolongé jusqu’au XVIIe siècle, s’explique notamment par le fait que l’auteur y a synthétisé les aspects éthiques pertinents de la philosophie aristotélicienne. Ces exigences s'adressaient aux princes et à leurs sujets. Les réflexions sur les compétences officielles du roi sont en partie en contradiction avec les affirmations contenues dans son ouvrage ultérieur « De ecclesiastica potestate » (vers 1302), qui soutient la souveraineté universelle du pape.
L'objectif est de proposer une traduction intégrale moderne et la transcription d'un manuscrit sélectionné.
Aegidius Romanus : Sur la souveraineté princière (vers 1277-1279), d'après le manuscrit conservé à Rome, Bibliothèque apostolique vaticane, cod. borgh. 360, et à partir des éditions imprimées de Rome 1556 et Rome 1607, édité par Volker Hartmann, Heidelberg : heiBOOKS, 2019, 1 313 pages.
https://books.ub.uni-heidelberg.de/heibooks/catalog/book/569
Le centre de recherche de Dresde (directeur de projet : Prof. Dr Gert Melville)
Le centre de recherche de Dresde étudie les monastères et les ordres religieux en tant que moteurs de la modernité. L’accent est mis sur la « vita religiosa » et sa contribution aux modèles d’ordre européens, en redéfinissant les relations entre l’individu et la communauté ainsi qu’entre la rationalité et l’orientation transcendantale. Les écrits du XIe au XIIIe siècle font l’objet d’une analyse juridique et hortative.
L’accent est mis sur les textes dans lesquels le pouvoir d’interprétation culturelle des monastères devient programmatiquement tangible : écrits d’exhortation, traités didactiques, règles et statuts monastiques ou religieux, ainsi que leurs commentaires, qui déterminaient l’ordre juridique des communautés. Ces écrits étaient destinés à agir en interne, mais entretenaient également un lien constant avec le monde extérieur.
Publications du centre de recherche 2010-2024