27 juin 2025
Avant de quitter l'Afrique, l'homme préhistorique s'était adapté aux habitats de ce continent.
L'Académie des sciences de Heidelberg participe à une nouvelle étude - les résultats publiés dans *Nature*
Avant de quitter l'Afrique pour se disperser en Eurasie et au-delà, l'Homo sapiens a élargi sa niche écologique aux forêts et aux déserts africains, comme le montrent les résultats de nouvelles recherches. Les auteurs d’une nouvelle étude affirment que ce processus d’adaptation à des habitats difficiles a été déterminant pour le succès à long terme de l’expansion de l’espèce humaine.
On sait aujourd’hui que tous les non-Africains descendent d’un petit groupe d’individus qui se sont aventurés en Eurasie il y a environ 50 000 ans. Cependant, des découvertes archéologiques antérieures hors d’Afrique montrent qu’avant cette période, il y eut de nombreuses tentatives d’expansion infructueuses qui n’ont laissé aucune trace génétique identifiable chez les humains vivant aujourd’hui.
Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature explique désormais pour la première fois pourquoi ces premières tentatives de migration ont échoué. Une équipe de chercheurs dirigée par la professeure Eleanor Scerri, de l’Institut Max Planck de géoanthropologie à Iéna, et le professeur Andrea Manica, de l’université de Cambridge, démontre ainsi qu’avant leur expansion vers l’Eurasie il y a 50 000 ans, les humains ont commencé à exploiter différents types d’habitats en Afrique d’une manière jusqu’alors inconnue. Pour constituer la base de données archéologiques nécessaire à cette analyse, les chercheurs de l’université de Tübingen impliqués dans ce projet ont exploité les informations issues de la base de données ROAD du projet de l’Académie de Heidelberg intitulé « The Role of Culture in Early Expansions of Humans (ROCEEH) ».
« Nous avons constitué un ensemble de données issues de sites archéologiques et de données environnementales en Afrique, couvrant les 120 000 dernières années. À l’aide de méthodes issues de l’écologie, nous avons tenté de retracer les changements survenus dans les niches écologiques de l’Homo sapiens, c’est-à-dire les habitats qui lui étaient accessibles et propices à sa survie », explique le Dr Emily Hallet, première autrice de l’étude et chercheuse à l’université Loyola de Chicago.
« Nos résultats montrent que l’homme a considérablement élargi sa niche il y a 70 000 ans, une évolution motivée par une exploitation accrue de divers habitats, tels que les forêts et les déserts », ajoute le Dr Michela Leonardi, l’une des co-autrices principales de l’étude, du Musée d’histoire naturelle de Londres.
« C’est une conclusion clé. Les expansions précédentes se sont probablement produites pendant des périodes favorables marquées par une augmentation des précipitations dans le désert d’Arabie, ce qui a créé des « corridors verts » permettant aux humains de rejoindre l’Eurasie. Il y a environ 70 000 à 50 000 ans, la voie la plus simple pour quitter l’Afrique était toutefois plus difficile qu’au cours des périodes antérieures, et pourtant, cette expansion a été considérable et a finalement abouti », explique le professeur Manica.
De nombreuses hypothèses ont été avancées pour expliquer cette expansion humaine depuis l’Afrique, qui n’a connu qu’un seul succès à long terme : elles vont des innovations technologiques clés telles que l’arc et les flèches ou des modifications cérébrales à l’immunité contre les maladies acquise grâce à un métissage avec des populations eurasiennes. « La recherche d’une innovation humaine unique et décisive ou d’un changement révolutionnaire dans la cognition humaine, qui aurait permis ces mouvements d’émigration couronnés de succès, s’est jusqu’à présent toujours soldée par un échec », ajoute le Dr Manuel Will, co-auteur de l’étude et chercheur à l’université de Tübingen.
Les chercheurs montrent toutefois ici que l’Homo sapiens a considérablement élargi l’éventail des habitats qui s’offraient à lui en Afrique, avant de s’étendre au-delà du continent. Cet élargissement de la niche humaine était peut-être le résultat d’une rétroaction positive liée à l’intensification des contacts et des échanges culturels, ce qui a permis d’étendre les aires de répartition et de surmonter les barrières géographiques.
« Contrairement aux premiers humains qui se sont dispersés depuis l’Afrique, ces groupes, qui ont migré vers l’Eurasie il y a environ 60 000 à 50 000 ans, disposaient d’une grande flexibilité écologique leur permettant de s’adapter à des habitats aux conditions climatiques difficiles », explique la professeure Scerri. « C’est probablement ce mécanisme qui a été déterminant dans le succès de l’adaptation de notre espèce en dehors de son berceau africain. »
Cette recherche a bénéficié du soutien financier de la Société Max Planck, du Conseil européen de la recherche et du Leverhulme Trust. Le projet ROCEEH est financé par l’Académie des sciences de Heidelberg.
D’après un communiqué de presse de l’Institut Max Planck de géoanthropologie / Service de communication de l’université de Tübingen.
Publication :
Emily Y. Hallett, Michela Leonardi, Jacopo Niccolò Cerasoni, Manuel Will, Robert Beyer, Mario Krapp, Andrew W. Kandel, Andrea Manica, Eleanor M.L. Scerri : Une expansion majeure de la niche humaine a précédé la dispersion hors d’Afrique.
Nature, https://doi.org/10.1038/s41586-025-09154-0
Contact à l'université de Tübingen :
Dr Andrew Kandel, ROCEEH, a.kandel@uni-tuebingen.de