25 mars 2026
Les Néandertaliens tardifs d'Europe provenaient d'une seule et même population
Une étude récente menée sous la direction du professeur Cosimo Posth, du Centre Senckenberg pour l'évolution humaine et le paléoenvironnement de l'université de Tübingen, montre que : Les derniers Néandertaliens d’Europe ont connu un bouleversement démographique radical avant leur disparition, il y a environ 40 000 ans. De nouvelles analyses d’ADN et des données archéologiques montrent que leur patrimoine génétique ne présentait finalement plus qu’une faible diversité. Ces résultats ont été publiés dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).
Des indices laissaient déjà entendre que les populations néandertaliennes, autrefois très répandues en Europe, avaient fortement diminué. La présente étude suggère désormais que, lors d’une période glaciaire survenue il y a environ 80 000 ans, seul un groupe localement restreint a survécu dans un refuge climatique situé dans l’actuel sud-ouest de la France. Il y a environ 65 000 ans, cette population s’est à nouveau répandue à travers l’Europe. Sur le plan génétique, la quasi-totalité des Néandertaliens tardifs descendent de cette unique lignée.
Pour cette étude, l’équipe de recherche a analysé l’ADN mitochondrial issu de dents et d’ossements. Ce type d’ADN est plus résistant que l’ADN nucléaire et peut donc être extrait même à partir d’échantillons très anciens. Dix individus récemment séquencés, provenant de Belgique, de France, d’Allemagne et de Serbie, ont été comparés à 49 ensembles de données déjà publiés. En complément, les chercheurs ont utilisé des données archéologiques issues de la base de données ROAD du projet ROCEEH de l’Académie des sciences de Heidelberg, afin de recouper les résultats génétiques et archéologiques tant sur le plan spatial que temporel.
Les résultats montrent que les conditions climatiques de la période glaciaire ont fortement décimé la population néandertalienne. Parallèlement, le nombre de sites archéologiques a diminué et s’est concentré dans le sud-ouest de l’Europe. C’est de cette région qu’est issue par la suite la population qui s’est à nouveau répandue à travers le continent. L’homogénéité génétique des Néandertaliens tardifs – de la péninsule ibérique au Caucase – atteste de ce changement démographique massif.
De plus, l’équipe de recherche a reconstitué l’évolution démographique à l’aide de modèles statistiques. Selon ces derniers, un déclin démographique rapide et drastique s’est produit entre 45 000 et 42 000 ans avant aujourd’hui. Peu après, les Néandertaliens ont complètement disparu des archives fossiles.
« D’un point de vue génétique, les Néandertaliens tardifs formaient un groupe très homogène », explique Posth. La faible diversité génétique et l’isolement de petites populations résiduelles auraient ainsi pu contribuer à leur extinction. L’homme moderne, l’Homo sapiens, s’est alors répandu en Europe et a supplanté les Néandertaliens.
Cette étude apporte un nouvel éclairage sur l’histoire démographique complexe des Néandertaliens et montre à quel point les changements climatiques, les processus démographiques et la diversité génétique sont étroitement liés.

Représentation artistique du paysage glaciaire tel que l’ont connu les Néandertaliens pendant la période glaciaire.
© Direction de l’archéologie du Pas-de-Calais / Benoît Clarys
Publication :
Charoula M. Fotiadou, Jesper Borre Pedersen, Hélène Rougier, Mirjana Roksandic, Maria A. Spyrou, Kathrin Nägele, Ella Reiter, Hervé Bocherens, Andrew W. Kandel, Miriam N. Haidle, Timo P. Streicher, Nicholas J. Conard, Flora Schilt, Ricardo Miguel Godinho, Thorsten Uthmeier, Luc Doyon, Patrick Semal, Johannes Krause, Alvise Barbieri, Dušan Mihailović, Isabelle Crevecoeur, Cosimo Posth : Aperçus archéogénétiques de l’histoire démographique des Néandertaliens tardifs. PNAS, https://doi.org/10.1073/pnas.2520565123
Contact scientifique :
Prof. Dr Cosimo Posth
Université de Tübingen
Archéogénétique et paléogénétique, Institut des sciences archéologiques
Centre Senckenberg pour l'évolution humaine et le paléoenvironnement
Téléphone : 07071 29-74089
COMMUNIQUÉ DE PRESSE de l’université de Tübingen
Pour plus d’informations :
Prof. Dr Cosimo Posth est membre de l'Académie des sciences de Heidelberg. En 2024, il s’est vu décerner le prix Manfred-Fuchs par l’Académie.
Des chercheuses et chercheurs du projet « ROCEEH » de l’Académie ainsi que l’ancien membre du WIN de l’Académie, le professeur Johannes Krause, qui s’est vu décerner cette année le prix Gottfried Wilhelm Leibniz, ont également participé à cette étude.
ROCEEH : La mission du centre de recherche « The Role of Culture in Early Expansions of Humans » (ROCEEH) de l’Académie des sciences de Heidelberg consiste à développer une compréhension systémique de l’« humanisation » qui intègre les trois types d’expansion, leurs liens mutuels et les différentes dimensions de développement. Le projet couvre une période allant de trois millions d’années à 20 000 ans avant notre ère et s’étend de l’Afrique à l’Eurasie. L’accent est principalement mis sur le développement des capacités culturelles humaines ainsi que sur leur contexte et leurs caractéristiques.
ROCEEH est un projet de recherche multidisciplinaire situé à la croisée des sciences humaines et des sciences naturelles. Le projet est mené par une équipe de chercheurs issus des domaines des sciences culturelles, de l’archéologie, de la paléoanthropologie, de la paléobiologie et de la géographie, ainsi que par une spécialiste des bases de données, basée à l’Institut de recherche Senckenberg de Francfort et à l’Université de Tübingen.
Base de données ROAD : ROAD-WEB
Eberhardt Karls Université de Tübingen
Société Senckenberg pour la recherche en sciences naturelles
Institut royal des sciences naturelles de Belgique